Anabell GUERRERO

Née à Caracas, Anabell Guerrero vit à Paris et travaille en France, au Venezuela et aux Caraïbes. Photographe plasticienne, elle s’oriente aussi aujourd’hui vers des formes sculpturales.

Anabell Guerrero ouvre des perspectives qui renouvellent le regard sur l’exil, les migrations, la mémoire, la frontière. Ainsi l’œuvre d’Anabell Guerrero questionne aussi bien l’exil intérieur des Indiens Guajiros (Totems à la frontière, 2001), que celui des habitants des favelas de Caracas (Cité fragile, 2009) et celui des immigrés en transit ou sédentarisés sur le territoire français (Réfugiés, 1998; Aux Frontières, 2002 et Voix du Monde / Délocalisation, 2006).

La photographe ravive également la mémoire occultée de certains pays de la région des Caraïbes – Cuba, Martinique, Porto Rico, Venezuela – qui partagent un passé commun d’esclavage (Mémoire Obscure, 2010).

Son travail plastique a fait l’objet d’expositions dans plusieurs pays européens, en Amérique Latine, aux États-Unis et au Japon. Lauréate 2012 du Prix Édouard Glissant,

En 2014, elle à été invitée pour une résidence de création partagée à la Ville de Saint Pierre en Martinique. L’installation photographique qui résulte de cette résidence se structure en deux séries, présentes sur 13 lieux différents au cœur de la ville une série intitulée Les Pierrotines et son pendant, l’installation Se Souvenir.

Les Pierrotines procèdent d’une démarche plastique fondée sur la fragmentation de l’image, qui prend la forme de triptyques révélés par clichés successifs (visages, mains, vêtements) fragments qui conforment l’élongation de la figure des femmes à 5 mètres de hauteur. Cette série est un hommage aux femmes de St. Pierre. Vêtues de longues robes créoles, elles sont photographiées debout, de face, en cadrages serrés, en noir et blanc pour privilégier les motifs, les détails et les textures plutôt que les couleurs. Cette série est constituée de douze portraits verticaux de femmes pierrotines.

Les Pierrotines sont désormais installées dans les lieux de vie où elles engagent un dialogue avec la population.

«Quelque chose de magique émane des femmes-totems d’Anabell Guerrero. Leur démesure permet un dépassement immédiat de leur réalité de femmes, pour nous installer dans ce qu’elles ont de solennel, de digne, de profond, de charge d’histoires, de mémoires, de rêves, de déceptions, d’espoirs.»

Patrick Chamoiseau, La prophétie d’une permanence.

Se Souvenir évoque la mémoire intime des habitants de St Pierre à partir des photos d’albums de famille que les Pierrotines m’ont confiés. Ces photos ont été modifiées et collées en grand format sur les façades des ruines et lieux inhabités. (… ) Cette installation est réalisée sur un support fragile et éphémère, qui se modifie, s’altère et disparaitra avec le temps (…)

L’artiste a conduit pour les habitants un atelier de sensibilisation à la création photographique. Le fruit de cet atelier collectif est une fresque de 7m20 x 1m20, intitulée St. Pierre, entre les temps, qui noue et tend des liens entre la mémoire et le présent de St. Pierre.

Pour Anabell Guerrero,il s’agit «de travailler sur la représentation de la ville et, au delà, sur le rapport des habitants au volcan, le rapport entre l’histoire intime des familles et l’histoire collective. Comment la ville continue à avancer et à se projeter dans l’avenir malgré son histoire tragique et sa destruction quasi totale? Quelles sont les attentes et les espoirs de ses habitants? Quelle perceptions ont-ils de la ville de Saint Pierre (son passé, son présent, son avenir). Il est fondamental de passer par cette mémoire d’après l’éruption du volcan pour comprendre ce qu’on vit actuellement. Comment les habitants se sont installés à Saint Pierre? Comment la nouvelle ville s’est reconstruite après la tragédie?

ll y a dans les ruines de Saint Pierre, qui portent encore aujourd’hui les stigmates de l’éruption du volcan le 8 mai 1902, une invitation à penser à ce qui résiste.»

Anabell Guerrero

Rose Marie, Les Pierrotines. 2014 (246 x 54 cm)
Anabell Guerrero (c)
Anabell Guerrero ©
Se Souvenir, Saint–Pierre, Martinique, 2014-17